Les nouvelles écritures de la science

Raphaëlle Bats nous a proposé de renouveler la médiation scientifique par une approche sensible de la lecture des données actuelles : la science slamée.
Cette nouvelle forme de communication, de production et d’écriture de la science inscrit la médiation dans la recherche en train de se faire par des chercheurs d’aujourd’hui. Elle s’inscrit dans les nouvelles pratiques de la science ouverte : participative, citoyenne et partagée.
Les enjeux sont multiples : donner accès à l’information scientifique, permettre l’émancipation du citoyen, comprendre l’impact du changement climatique.
« Ces approches sensibles reposent sur une mobilisation des sens et de l'art pour aborder la science non plus par la raison, mais par l'émotion ». Raphaëlle Bats
Slam et science : le projet de recherche ECODOC
Au cours de cette journée, nous avons découvert une approche originale de la médiation scientifique à travers le projet ECODOC (avec l’URFIST de Bordeaux) mené en Gironde et baptisé "Science slamée".
L’équipe du projet s’est associée au collectif Street Def Records pour créer un atelier inédit et innovant permettant de transmettre d'une autre manière des savoirs scientifiques : « l'écriture slam à partir de données scientifiques ».
De ces ateliers est né un recueil de données scientifiques transformées en récits slamés, intitulé « De l’arbre à la feuille ».
Explorer l’art du slam pour écrire et déclamer la science
Le slam est né dans les années 80 en France. C'est une poésie déclamée dans des espaces publics (dans la rue, un bar...) ou dans un lieu de spectacle (dans une salle de concert, un théâtre...). Une règle : 3 minutes pour performer un texte écrit.
Peu couteux et accessible, il ne nécessite qu'un crayon et du papier.
Un atelier de science slamée nous a permis d’expérimenter cette médiation : à partir d’un corpus de documents de recherche du projet ECODOC, chacun s’est lancé (avec brio !) dans l’écriture d’un slam singulier. Egalitaire et bienveillant, l'atelier est nourri de nombreux encouragements et applaudissements (avant et après chaque performance).
Slam de Fanny aka P'tite mouette
Dancing in the rain
Quand je n’aurai plus de sève..
Quand ma vie d’arbre ne sera plus qu’un.. rêve..
C’est que Dame pluie aura fait une trêve.. illimitée
Et que personne ici-bas, n’aura su faire, à temps, les gestes adaptés
« Ah mais qu’est-ce que je donnerais pour en boire une dernière bolée.. de pluie,
de petites gouttes d’eau, et que mes veines survivent, doucement mais sûrement,
à ce mauvais scénario !
Pas d’embolie, ni d’embardées dans mes vaisseaux
Juste de la fluidité dans mes joyeux boyaux !.. »
Alors pas de résignation, ni de projection,
d’un monde sans précipitations
Mais a contrario,
un monde où l’eau serait toujours notre précieux cadeau
Mais a fortiori,
un monde où l’on danserait à chaque pluie !..
Dancing, dance..
Dancing, danse..
.. In the precious.. RAIN
Slam de Corinne
Le gland se fend
Du temps
Ayant glané toutes ces années
Sa cupule
Sans scrupule
Avorte avec dénis
Sans lever un sourcil
car Quercus
pourtant de tous
les deus/laïus/politicus
s’est pris de face
l’expérimental final
du dérèglement mental
du bouleversement climatique
véritable crime éthique
du clinquant plastique
et de querelles étatiques
Slam de Karen H
J’ai pas eu mal, c’est le principal !
Si on a pas tout compris, tant pis !
Pi tant qu’on y est,
Tout de même je connais :
L’ornithologie, quelle pathologie !
la patience qu’il faut,
le silence pour écouter là-haut
Retenir les chants d’oiseaux
la mémoire dans la peau !
Pi tant qu’on y est
aussi je connais
la pâte à modeler, les chenilles ? Pourquoi pas ?
la science c’est aussi jouer,
la chenille, pour danser,
Tomber la chemise et étudier !
Si le climat joue (lui aussi ! t’as compris)
Sur la vie de nos arbres
Autant vérifier, savoir
Alors OK soyons fous
Testons les insectes
Faisons de la science
Ce n’est pas une secte
mais une prise de conscience
Slam de Karen L
Je tiens la main de mon père
Dans la forêt de Florac, les pieds dans la litière
Accroupie j’observe les cupules, petites cuticules
Il fait si chaud dehors il y a comme des bulles
Calamité ! Ces carapaces capitulent
La caducité de leur capacité a parasité les probabilités
Avortons avortés,
elles focalisent un phénomène
Qui embolise leur phénologie forestière.
Mais déjà d’une main aiguisée
Mon père sort le couteau de sa poche
Pour transformer en petit panier
Ces glands. Ils luttent pour ne pas. Hurler
Slam de Marguerite
Objectif adaptation-reproduction
Chêne sans chaîne ni peine ni haine
Gland glacé avorté de Toulenne
Comptons les avortons
Destruction d’espèce pas de logique dans la phénologie en folie
Slam de Mathieu
On me parle de transition
Telle une correction du monde
Qui souffre avec horreur
Pourtant cela fait des années que j'en parle
Que je stresse malgré ma paresse
À l'affût du prochain malheur
Mais je fais confiance à la recherche
Qui cherche et flèche des solutions
À cette transition
Alors t'as capté Capitaine
Pose tes capteurs dans les strates des arbres
Dans la stratosphère s'il le faut
Pour évacuer ce stress qui me caresse
Slam de Melvin
Pour compter les êtres qui volent
Près du soleil, on s’intéressait
A ceux qui rampent.
Aussi beaux soient-ils, nous n’avions pas le temps
De compter les oiseaux.
Deux d’entre nous eurent une idée
Des chenilles en pâte à modeler.
Lesquelles seront mangées ?
Nous pourrons le voir en différé,
Moins difficile.
Elles étaient vertes, belles et appétantes
Pendues sur une corde à linge
Nous allions voir les traces bien présentes
L’instant tendu où se gratter les méninges.
L’observation ne tenait qu’à un fil
Lequel laissait des marques sources d’erreur
C’était le fil, ce n’était pas le prédateur.
On tombait sur des mammifères, des arthropodes
Des oiseaux, des vipères et autres reptiles
Des êtres parfois aux antipodes
Tournés vers un but commun, la chenille.
Les oiseaux étaient nombreux
Du merle noir à la mésange bleue.
On se demandait si les modalités de l’herbivorie
Variaient selon les plaines ou l’altitude.
On rejoignait d’autres théories
Point d’effet par la latitude.
Mais on n’enterrait rien.
Peut-être fallait-il dessiner d’autres contours
Et l’idée presque devenue zombie
Changerait peut-être d’attitude.
Après avoir amorcé ce b.a.-ba
Regardé le haut et le bas
Parfois béats,
On s’intéressait à l’habitat et au climat
Allions-nous trouver des relations
Dans ce rapport à la prédation
Ce rôle important dans le fonctionnement
Comment mangent les oiseaux ?
Apparemment davantage, ou plus divers
Quand il fait chaud
Quand ils sont entourés du chant des autres
Ou quand autour, c’est tout vert
Ce couvert forestier
Slam de Pascaline
Moi chenille continentale, occidentale
J’ai été utilisée, épiée, crucifiée
Prise pour témoin par les marques laissées
Sur mon corps modelé
De la relation climat et biodiversité
Moi Pic Epeiche,
Chanteur et prédateur aviaire
La chenille, je pique mais ne pêche
Pas selon les attitudes, pourtant c’était l’hypothèse
Moi, Projet Tree Bodygguard
Mes théories se bagarrent
Aucune n’a le lead, je suis hagard
Si les résultats ne sont pas probants
Encore, par mes recherches je trouverai à relier
Climat et biodiversité
Slam de Sylvain
2022 2023
Festival de canicules
Pas de strass, trop de stress
Hydrique, c’est le hic
Robinier sans robinet
Conductivité en état d’ivresse
Suivre le flux, suivre le flow
Sondes d’une nuit d’été
Multiplexeurs sans complexe
Au chevet des troncs communs
Sans donateurs hydrauliques
Suivre le cap des capteurs capitulant
Arbres sans palabre
Vassaux de la pluie, vaisseaux d’embolie
En instance de résistance les conifères s’affairent
Sans précipitation
Quand les angiospermes sans permission côtoient les anges
D'autres exemples de médiation de la science
Raphaëlle Bats a présenté d'autres formes d'écriture de la science :
- Canal U : écritures alternatives
- Focales : podcasts documentaires
- Faire dire : écritures alternatives de la recherche Université de Nantes
D'autres modes de médiation scientifique sont également possibles pour rendre compte de la recherche :
- le théâtre scientifique
- la bande dessinée
- arts et sciences : recherche et spectacle vivant (festival FACTS)