Repenser la musique en bibliothèque

Jeudi 7 mai 2026, la Médiathèque départementale a reçu Régis Aubert, homme aux multiples casquettes musicales, pour une journée de formation sur la place de la musique en bibliothèque.

Guitare, ampli et micro sont à disposition dans une salle dédiée

La musique est naturellement intégrée à notre quotidien. Quelle place occupe-t-elle cependant en bibliothèque ? Et quel avenir aujourd’hui pour les collections musicales ? Ces questions ont été abordées sans tabou au cours de cette formation dont l'objectif était de repenser l'offre de contenu musical en bibliothèque.

Régis Aubert est enseignant en histoire de la musique et en médiation culturelle, chargé de médiation culturelle, conférencier et formateur.

Au cours de cette journée riche en partage, Régis Aubert a pu distiller des conseils, des pistes de réflexion et donner son avis de spécialiste en musique et en médiation pour que vive encore et toujours la musique en bibliothèque. Les bouleversements dans le monde musical et les pratiques des usagers interrogent la place de la musique en bibliothèque mais ne doivent pas remettre en cause sa légitimité. Aujourd'hui, le seul prêt de document ne suffit plus, il faut proposer un accompagnement, une expérience musicale.

 

La musique en quelques chiffres (sources SNEP)

Un marché de la musique en hausse au 1er semestre 2025.

Les revenus de la musique sont générés à 80% par le numérique et à 20% par le support physique (dont 8% par le CD, 11% par le vinyle et 1% par la vidéo musicale). À noter, pour la première fois le vinyle surclasse le CD en chiffre d'affaires, mais le CD reste prépondérant en actes d'achat.

En moyenne, les français écoutent 18h48 de musique par semaine (plus 42 minutes depuis 2023, +5 heures en 5 ans). La consommation de musique est donc en augmentation, on en écoute de plus en plus mais de plus en plus la même. Ce manque de diversité est également corrélé aux inégalités sociales. Plus on monte dans l'échelle sociale, plus il y a de la diversité et inversement, plus on descend dans l'échelle sociale, plus il y a "monogamie" des goûts. Phénomène accentué par les plateformes qui, pour fidéliser les publics, leur servent et proposent ce qui plaît.
 

Prendre de nouvelles orientations

Le prêt de CD est en fort déclin dans les bibliothèques. Force est de constater que la musique traverse un mouvement de fond peu favorable avec des collectivités qui renoncent purement et simplement à la musique. Différentes orientations peuvent toutefois ouvrir des perspectives :

  • Mutualiser les collections au sein d'un réseau
  • Axe de développement de la musique : le care, l'attention aux autres (partenariats EHPAD, IME,...)
  • Discothécaire, une spécialisation en voie de disparition. Faire que la musique ne soit plus l'affaire d'un spécialiste, mais l'affaire de toute une équipe
  • Proposer des actions en direction des "petites oreilles"
  • Valoriser le matrimoine musical, proposer des modèles féminins 
  • Prendre le temps de la médiation, de l'expérience collective. Créer des moments d'émotion collectifs
  • Réinjecter de la diversité. Tout ne se vaut pas mais tout peut être connecté, importance de la recommandation. 
    Plus-value du bibliothécaire = l'échange, le conseil
     

De l'importance de la médiation

Les collections musicales sur support sont aujourd'hui minoritaires dans les pratiques d'écoute. Le rapport à la musique évolue et le bibliothécaire doit s'approprier d'autres façons de donner accès à la musique. Cet autre chemin passe par la médiation :

Dans les espaces : sonorisation de la bibliothèque, borne ou poste d'écoute, présence d'instrument(s) à demeure 

Musique live : concerts, showcase, ciné-concert, etc...

Actions de médiation culturelle et ateliers : club d'écoute, brunch musical, café vinyles, sieste musicale, voyage musical, quizz musical, conférence, création musicale, atelier MAO (Musique Assistée par Ordinateur), découverte des instruments, atelier bruitage, jeux d'oreilles et de doigts, heure du conte en musique, présentation d'applications musicales, jeux vidéo musicaux, etc... 

 

S'inspirer des penseurs contemporains

Au cours de la journée, Régis Aubert a appuyé son propos sur la lecture de différents auteurs et essais : 

  • (Re)construire l'expérience musicale en bibliothèque, par Olivier Zerbib et Pierre Le Quéau, paru en 2025 aux Presses de l'ENSSIB
  • Musiquer, par Christopher Small, publié en 2019 aux éditions de la Philharmonie
  • Hartmut Rosa, sociologue et philosophe allemand : réflexion sur l'accélération dans les sociétés occidentales
  • Les lumières sombres, par Arnaud Miranda. Essai sur les penseurs de l'accélération
  • Une voix différente : la morale a-t-elle un sexe?, par Carol Gilligan, paru en 1982, publié en 2019 aux éditions Champ. Essai sur l'éthique du care. 
  • Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste française, réflexion sur le soin, sur le lien au monde et à soi
  • L'otium du peuple : A la reconquête du temps libre, par Jean-Miguel Pire, paru en 2024 aux éditions Sciences humaines
  • TAZ, par Hakim Bey, essai sur les Zones Autonomes Temporaires, paru en 1998 aux éditions L'eclat.