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Carnets de lecture
Huysmans, Py et Joyce dans un même bateau…
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- 01-06-2012
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Descente aux Enfers : trois accès directs.
Carnet de lecture 14
De Mathis, le peintre à Huysmans : descente dans l’obscur
Il y a toujours un nouveau chemin qui mène à la lecture. Afin de préparer ma découverte de l’opéra Mathis, le peintre mis en scène par Olivier Py, j’effectue une recherche sur le peintre et le retable d’Insenheim. Je trouve une description de la crucifixion par Huymans dans Là-Bas. J’avais lu A Rebours il y a beaucoup d’années. Un souvenir étrange m’est resté : ineffaçable, celui d’une quête pour l’art, d’une vie « œuvre-d’art ». La lecture de cette description a eu un effet immédiat : j’allai lire ce roman de Huysmans. Sans a priori, juste portée par cette langue qui disait un tableau mieux que ce que j’avais su le voir à Colmar. Je suis entrée en immersion : pas le choix si on veut oser aborder ce roman fin de siècle, à la structure labyrinthique, qui mène avec sarcasme, à fréquenter les messes noires, les oeuvres de Gilles de Rais, mais nous élève jusqu’à la tour Saint-Sulpice.
Le personnage principal est un écrivain qui travaille à la biographie de Gilles de Rais, d’où un étonnant parallèle d’époques et un premier saut dans les profondeurs démoniaques. Durtal est le fil rouge, sorte de spectateur attentif mais non engagé, qui poursuit une quête sans nom du plus bas de là-bas, vers cet autre ailleurs, indicible. Ce roman est déroutant et pourtant jamais il ne nous perd. Sans doute que la critique que Huysmans fait du positivisme aveugle, du progrès, des marchands, et tout à la fois des sciences occultes, n’est pas sans évoquer nos temps dits modernes. Nous pourrions comme Durtal avoir l’audace de nous frayer des voies sous-terraines pour tenter un retour à la lumière, loin des mièvreries ambiantes. Pour Huysmans, rien de tiède dans ces délires sataniques mais un chemin mystique, celui où se perdre conduit à se retrouver. Je ne sais si retomber du côté de Huysmans fait cet effet à tous les lecteurs mais il y a une fascination à entrer dans ces lieux clos, comme dans cette tour de Saint-Sulpice, appartement du sonneur de cloches. Là-haut, les repas reprennent toute leur saveur, comme si les gens qui y habitent, parce que coupés du monde, avaient été préservés. C’est une lecture à nulle autre pareille. Fréquenter les phrases de Huysmans apprend à ralentir pour relire telle description et savourer l’audace d’une comparaison, le raccourci d’une image, le vocabulaire d’une richesse oubliée. C’est un voyage en terre inconnue : l’imagination est éprouvée jusque que dans ses derniers retranchements et l’écriture fait son office : elle maintient à une certaine hauteur, celle qui aide à revisiter ce qui ne serait que clichés ou abominations.
Cap au pire avec Joyce et Beckett !
Deux livres pour ceux qui ne craignent pas une petite descente aux enfers
Huysmans / Là-bas / Folio
Enrique Vila-Matas / Dublinesca / Christian Bourgois
Par ailleurs, je m’étais promis de passer le cap d’une nouvelle année en compagnie de Vila-Matas. Son esprit virevoltant, pétri de littérature serait un antidote aux assauts délirants et démonstratifs des fêtes de fin d’année. Je ne m’attendais pas avec Dublinesca à aller tambour battant « cap au pire » avec Beckett et Joyce dans un Dublin plutôt déprimant, à suivre un narrateur, ancien éditeur, à l’âge de la retraite, sevré in extremis de l’alcool, luttant contre un vide existentiel, construisant un voyage en Irlande afin d’enterrer Gutenberg à l’ère de Google.
Rien de réjouissant si ce n’est que notre Enrique fait mieux que n’importe quel critique littéraire toucher aux univers de deux maîtres de la littérature : aucun discours mais une façon d’entrer de plain pied dans les enjeux d’Ulysse à Godot. Je cherchais un antidote et me voilà servie : enterrer les livres, vieillir, errer en compagnie de fantômes dans l’espoir d’un saut anglais salutaire. J’ai la sensation d’avoir été deux fois en enfer, dire que c’est Mathis, le peintre et sa crucifixion qui ont tout déclenché. Tout cela n’est pas sans ironie. Ce n’était pas inutile, comme un alcool fort aide à digérer, ces deux romans sont à leur façon des brûleurs de graisses : ils m’ont coupée brutalement d’un certain endormissement bien pensant qui englue aujourd’hui.
Voir aussi
Sur ce site
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Cultures contemporaines
Sur le catalogue
Sur Internet
- Là-bas : Huysmans
France-culture - Dublinesca : Enrique Vila-Matas
Article de Mathieu Lindon in Libération
Vidéos
- Autour-de-Mathis-le-peintre
Opéra Bastille - Mathis, la crucifixion du peintre
Arte.tv

