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De Zaoui à Sallenave

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  • 06-02-2012
  • Carnets de lecture

Traverser les catastrophes pour une vie éclaircie.

Carnet de lecture 13

La philosophie pour traverser les catastrophes de nos vies

la traversée des catastrophes

Après avoir lu la dernière chronique de Philippe Petit sur son blog, Pensées libres, j’ai eu envie de lire La Traversée des catastrophes de Pierre Zaoui, dont le sous-titre est explicite : philosophie pour le meilleur et pour le pire. Ce philosophe se demande si la philosophie aide à traverser les catastrophes de nos vies. Face à la maladie, la mort, la perte, l’amour, il retraverse tout ce que les philosophes ont tenté de construire pour penser ces événements. Zaoui ose « y aller » comme il l’écrit dans son introduction, « descendre un jour dans ces souterrains impurs, impropres, obscurs, au moins quand on est philosophe, et même si la plupart des philosophes n’y vont pas ».

Cette traversée n’est pas de tout repos pour le lecteur, non pas à cause de la difficulté des concepts ou du langage, aucune difficulté à suivre Zaoui, mais le voyage est éprouvant. Zaoui nous convoque, comme il le fait avec les philosophes, à suivre, en vérité, les états ambivalents qui nous traversent face aux événements douloureux mais réels de nos vies. On meurt toujours assassiné, la mort est un scandale qui doit demeurer tel, inacceptable. Rien ne sera jamais surmonté, dominé. Nous pouvons seulement constituer un manuel de survie, ne pas vouloir trouver une solution mais se dire modestement que traverser est la posture philosophique la plus juste. Nous ne dominerons rien, ne comprendrons pas l’entièreté d’une situation mais nous pourrons passer, continuer, faire le pas suivant.

Finalement c’est vers une certaine humilité que nous conduit Zaoui. Dans son livre, rien ne semble abstrait, tout est revisité philosophiquement du vécu : il a mis 15 ans pour écrire cette traversée des apparences. Il n’offre aucune solution rassurante si elle n’est pas vraie. Par conséquent, beaucoup d’illusions s’évanouissent. Pourtant, Zaoui tisse modestement des possibles dans l’acceptation de la vie sans garantie, aux arrangements à jamais provisoires.

La vie avec les livres

La liste

Pierre Zaoui / La Traversée des catastrophes / Seuil

Danièle Sallenave / La Vie éclaircie / Gallimard

Philippe Petit / Pensées libres / le blog.

Je ne savais pas qu’en abordant La Vie Eclaircie de Danièle Sallenave, je poursuivais le fil «Philippe Petit». D’abord, il est cité par Sallenave comme compagnon de voyage et ensuite il a parlé sur France culture de ce livre d’entretiens comme d’un traité de savoir vivre. Voilà donc une fois de plus, le miracle de la lecture : le réseau de correspondances qui place le lecteur au centre de résonances qui font sens pour lui. J’avais découvert Danièle Sallenave avec Le Don des morts. Rien d’étonnant : ce précédent essai parlait de lecture, du sens de la vie avec les livres, de la vie ordinaire sauvée par les livres. Ce dernier livre d’entretiens est une façon pour elle de retraverser son Don des morts 20 ans après. C’est vivifiant.
Au-delà du parcours d’une existence, c’est un cap à suivre, des vignettes de vie, des repères existentiels. Consolider la vie par les mots, c’est échapper à la fragilité des choses, c’est savoir son temps compté et pourtant savourer pleinement différentes époques et garder l’allégresse grâce aux livres, à une certaine idée de la république. Rien de nostalgique, plutôt une soif jamais tarie du goût de la transmission. Elle pourrait apparaître comme la représentante d’une classe favorisée, élitiste, elle, qui lit les grecs, les textes antiques, elle, qui cite abondamment les auteurs classiques, qui vit en leur compagnie et pourtant rien de tel. Sallenave n’est pas coupée du réel, elle y va, elle aussi, quitte Paris, ne se réfugie pas dans sa bibliothèque et défend avec Vilar et Vitez l’espoir d’apporter le meilleur au plus grand nombre. Elle a la générosité de celle qui ne peut rien garder pour elle. Dès qu’elle apprend, elle donne à ceux qui l’entourent. Ce texte offre, en ces temps de morosité, la certitude que rien n’est jamais perdu et qu’il faut coûte que coûte transmettre la joie de cette vie avec les livres.

Bref, un bel ordre de lecture : d’abord Zaoui et ensuite Sallenave, histoire de repartir revigoré.

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